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Vendredi 29 juillet 2011 5 29 /07 /Juil /2011 23:15

Intervention lors d'un meeting organisé par le CNLT à Paris le 16 octobre 2004

 

Il ne s’agit pas pour moi aujourd’hui de faire un état des lieux de la situation politique et sociale de la    Tunisie, que vous connaissez tous aussi bien que moi, mais de parler de notre démarche en tant  qu’Initiative démocratique.

Je vais essayer de répondre à deux questions principalement : qui sommes nous et pourquoi nous sommes nous mobilisés ?

Notre projet se veut unitaire et rassembleur, il concerne des tunisiennes et des tunisiens de sensibilités politiques diverses mais tous conscients de la gravité de la situation politique du pays et mus par une volonté démocratique et progressiste et résolus à agir ensemble, en vue de rompre avec cinquante ans d’un pouvoir sans partage et de participer à un tournant démocratique devenu vital et urgent. C’est aussi un élan qui se veut une alternative à construire au delà du RDV électoral. Parmi les questions fondamentales qui font l'identité de l'Initiative Démocratique, il y a notre attachement à la pleine égalité entre femmes et hommes et à la séparation entre la religion et le politique.

Il est indéniable que le système actuel menace nos acquis et hypothèque l’avenir de notre pays. Il ne correspond, ni à l’évolution et aux aspirations de la société, ni aux mutations du monde contemporain. Face à la situation que nous connaissons tous, nous sommes interpellés quant à la conduite à adopter afin d’y faire face et contrer les dérives du pouvoir.

Cette question se pose à toutes les Tunisiennes et à tous les Tunisiens engagés dans l’action politique, syndicale, culturelle et associative ou, simplement, citoyens inquiets des effets que ces dérives font peser sur leur devenir et celui de la nation. Neutralisés par les différents formes de contrôle, de pression et de répression et soucieux de préserver leurs intérêts légitimes, de nombreux citoyens, même conscients de cette situation, sont habités par un sentiment d’impuissance aggravé par l’absence d’une perspective politique crédible et la crainte d’une remise en cause des acquis de la modernité.

L’Initiative Démocratique se veut une réponse à cette question vitale parce qu’elle est fondée sur l’idée que le changement démocratique est non seulement nécessaire mais aussi possible ; parce qu’elle puise dans le capital militant accumulé par les luttes multiformes menées par des générations successives de Tunisiens pour l’indépendance, la modernité, le progrès et la démocratie ; parce qu’elle vise le changement démocratique par les voies de la participation active des citoyennes et des citoyens, seule à même de modifier le rapport de forces actuel. La création d'un pôle démocratique est un atout mais ce ne serait qu'un instrument. La finalité, c'est la démocratisation de notre pays.

A l’occasion des élections présidentielles et législatives d’octobre 2004, nous avons donc décidé, de nous regrouper au sein de l’Initiative Démocratique sur des bases définies et décidées collectivement et qui représente une sorte de plate forme politique dont les axes principaux sont :

- la séparation des appareils de l’Etat et du parti au pouvoir ;

-  la concrétisation de la séparation entre les pouvoirs et la limitation des prérogatives démesurées exercées par le  Président de la République ;

-  la garantie de l’indépendance de la justice afin qu’elle puisse assumer sa mission de défense des droits et des libertés des citoyens, la mise en place d’une Cour constitutionnelle effectivement indépendante de tous les  pouvoirs et l’abrogation des amendements constitutionnels récemment introduits par référendum. De la même manière, s’impose une révision des conditions imposées pour la candidature aux élections présidentielles qui ont privé des dirigeants de partis politiques et des personnalités nationales indépendantes du droit à la candidature ;

-  la révision de toute les législations relatives à la vie politique, syndicale et associative afin qu’elles deviennent des moyens d’élargissement des espaces de la participation, d’activation des expressions de la société et de développement de ses énergies et de ses potentialités ;

-  la libération de tous les moyens d’information audio-visuels et de la presse écrite des contraintes  de la  monopolisation et de la censure ;

- la promulgation d’une loi d’amnistie générale restituant tous leurs droits à  toutes les victimes des procès politiques inéquitables.

- La révision du code électoral pour garantir la liberté et la transparence des élections afin que la représentation des citoyens soit réelle.

- La révision de toute législation contenant une discrimination entre hommes et femmes en vue d’assurer l’égalité totale entre les sexes.

- Le refus de tous les projets politiques tendant à faire retourner la Tunisie en arrière et le rejet de l’utilisation de la religion à des fins politiques de la part de quiconque.

- Mettre fin à l’instrumentalisation de l’Administration, à l’intervention des forces de sécurité à des fins politiques et à l’hégémonie sur les moyens d’information.

Ce sont donc là les dénominateurs commun qui nous réunissent au sein de ce projet et ce sont là les orientations nationales et démocratiques qui sont les nôtres. Par cette initiative, nous entendons rompre avec les formes rituelles de participation-décor qui servent de faire-valoir, discréditent le principe même des élections et du libre choix des citoyennes et des citoyens et mettent à mal les fondements de la République

La participation aux élections par la présentation d’un réel concurrent à la présidence de la République ouvre la voie à un combat qui permettra de mettre fin à l’isolement de l’opposition démocratique, de présenter l’alternative démocratique au peuple tunisien et d’imposer l’avènement d’une étape nouvelle vers une vie politique et sociale meilleure dans notre pays. L’enjeu n’est donc pas seulement électoral. Il est principalement politique.

Cette confrontation voulu vise à lutter contre un phénomène qui ronge notre société aujourd’hui, il s’agit de la PEUR, cette peur qui s’est introduit dans tous les foyers tunisiens : la peur de la police, la peur du voisin, la peur du comité de quartier, la peur de l’administration, cette peur qui a atteint la limite de la paranoïa et qui ne peut perdurer. Présenter un candidat qui s’oppose à Ben Ali et qui s’inscrit dans la construction d’une alternative démocratique est pour nous un moyen pour dire CA SUFFIT, YIZZI, un moyen pour sortir de la quasi clandestinité dans laquelle se trouve l’opposition tunisienne aujourd’hui, casser un tabou et casser surtout cette peur qui ronge tout le pays. C’est aussi refuser de jouer la politique de la chaise vide en étant ailleurs bien au chaud. Le boycott n’a jamais été payant en Tunisie, on l’a pratiqué par le passé et on a bien vu qu’on ne dispose même pas de moyen de relayer l’appel à un boycott, son impact n’est ni mesurable ni efficace. On ne peut continuer à brasser du vent et à se faire plaisir en refusant la confrontation.

Certains appellent au boycott mais ne sont guère crédibles aux yeux des tunisiens car au même moment ils présentent des candidats au législatives qui sont aussi faussées que les présidentielles, puisque c’est le même système, la même constitution et le même code électoral qui les régissent. 

Par cet engagement nous donnons des moyens de mobilisation positive à l'opinion. Mais au même moment, nous ne faisons aucune concession.

On nous interpelle souvent en disant que participer aux élections équivaut à légitimer le pouvoir en place, à cette remarque je répondrais qu’on nous fais là un mauvais procès : tant le manifeste qui a rassemblé l’initiative démocratique, que le manifeste électoral de notre candidat aux présidentielles, que nos différents écrits et prise de position publique démontrent que nous sommes dans l’opposition réelle sans concession.

A l’Initiative Démocratique, nous ne cultivons pas l’ambiguïté ou la complaisance. Nos options sont claires sans équivoque. L’une des plus importantes de ces options : notre refus déterminé du système politique autoritaire et arbitraire qui gouverne notre pays depuis près de 50 ans et n’a d’égal que notre rejet déterminé de tout projet ou alternative intégriste et théocratique. Nous refusons que notre pays et notre jeunesse soient pris en otage par l’autoritarisme et l’intégrisme. Une autre alternative démocratique et progressiste est possible. C’est cela l’essence de l’Initiative Démocratique et c’est cela aussi à nos yeux l’essence du mouvement démocratique tunisien.

Vous n’êtes pas sans ignorer les tracasseries que nous rencontrons lors de cette campagne, cela a commencé par la saisie de notre manifeste électoral au seul motif communiqué oralement « que les analyses politiques qu’il développe dépassent les limites assignées au discours de l’opposition légale » et ça continue avec la violation de l’article 37 du code électoral concernant la diffusion radiophonique et télévisée. Le gouvernement a modifié la règle du jeu et seul Mohamed-Ali Halouani s’y est opposé et a il a obtenu gain de cause en s’appuyant sur le droit.

Nous considérons que ces mesures et ces restrictions révèlent davantage la faiblesse que la force d’un pouvoir incapable d’accepter un soupçon de compétition ne serait-ce que durant deux semaines.

Personnellement, je m’inscris dans cette démarche qui respire l'optimisme et je crois en la volonté de cette initiative et de toute façon dans l’état actuel de notre pays je ne vois pas d'autre possibilité que celle-là pour faire sortir les gens de leur torpeur et rompre avec le fatalisme et la peur. Je crois vraiment que cette initiative ouvre de réelles perspectives. 

Nadia Chaabane

16 oct 2004

 

Par Tunisiennelibre - Publié dans : Archives
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